Feuillet 1    - A -

La place est chaude et désertée
Les maisons ont les yeux fermées
Il n'y a que des bruits
Sortis des fusils
Des bruits qui buttent contre les frontières
Et ailleurs ont vit aujourd'hui comme hier


Mais les enfants ont des oreilles
Pour eux le bruit d'un fusil est partout pareil

Ils sont sortis sur les places du monde
Et sans peur de l'orage qui gronde
Ils se sont mis à chanter à tue-tête :

NOUS CE QU'ON VEUT C'EST LA FETE !

D'écho en écho au-delà des continents
Leur refrain a pris le chemin du vent…

Nous ce qu'on veut c'est des fleurs
A toute heure

Nous ce qu'on veut c'est la joie
C'est notre choix

Nous ce qu'on veut c'est l'amour
Pour toujours

Nous ce qu'on veut c'est la liberté
Pour l'éternité

Nous ce qu'on veut c'est des jeux
Pas du feu

Nous ce qu'on veut c'est tendre la joue
Dans le vent fou

Nous ce qu'on veut c'est du bon temps
Avec nos parents

Nous ce qu'on veut c'est un chant
Pour tous les temps

Nous ce qu'on veut c'est des amis fidèles
Couleur arc-en-ciel….

Et le vent a emmené le refrain
Par tous les chemins
Et les enfants se sont mis à rêver le matin
Que tout le monde se donnait la main
Et se regardait enfin

       

Airel

- B -

Il avait 12 ans et s'appelait Iqbal
L'âge de jouer à la balle.
Il était pakistanais et depuis l'âge de quatre ans,
Il travaillait, vendu par ses parents.

Un enfant esclave
Pour un patron épave.
         Iqbal a crié plus fort et plus longtemps
Pour vivre sa vie d'enfant.

  Des pays l'ont entendu et applaudi
  Puis il est rentré chez lui
  Il a continué à faire des tapis.
  Iqbal aimait s'amuser comme tous ceux de 12 ans.

   La folie des hommes patrons a détruit cet enfant.
   Ils ont eu peur d'Iqbal et de son cri,
   De son rire, de sa vérité, de sa vie.
   Ils lui ont offert un vélo
   Et l'ont écrasé avec une auto.



Ici les enfants dorment
Là-bas ils refont leur force de travail.

     Ici les enfants sont des écoliers
     
Là-bas ils sont des ouvriers

Ici les enfants font des restes dans leurs assiettes
Là-bas ils fouillent les ordures

     Ici les enfants ne salissent pas leurs chaussures
     
Là-bas ils n'en portent pas

Ici les enfants pleurent
Là-bas ils n'ont plus de larmes

     Ici les enfants sont aidés par des professeurs
     
Là-bas ils se font engueuler par des contremaîtres

Ici les enfants ont les mains douces
Là-bas elles sont crevassées

     Ici les enfants chantent
     
Là-bas c'est le silence

Ici les enfants parlent de l'avenir
Là-bas l'avenir est passé

     Ici les parents donnent de l'argent à leurs enfants
     
Là-bas c'est le contraire

Ici les enfants sont objets de tendresse
Là-bas ils sont objets

     Ici les enfants ont un corps de leur âge
     
Là-bas leur corps est plus vieux qu'eux

Ici les enfants se préparent à être grands
Là-bas ils n'ont pas d'enfance

     Ici les enfants jouent au ballon
     
Là-bas ils les fabriquent

Ici les enfants sont des enfants
Là-bas ils sont rentables

     Ici les enfants ont des prénoms différents
     
Là-bas ils sont tous des IQBAL !                             Airel

- C -

L'enfant virevolte plein de vie
Comme un oiseau ravi
Il court, saute et rebondit
Comme son ballon aux couleurs de paradis

Le chemin de poussière et de pierres
Porte encore les marques de la guerre d'hier
Mais hier c'est du passé
Aujourd'hui c'est l'enfant et son rire éclaté

Le ballon roule et entraîne le joueur
Dans des rêves pleins de joie et sans peur
Elle est loin la guerre des grands
C'est un souvenir sans lieu et hors du temps

Elle est encore là pourtant, sur le chemin
Sournoise, aveugle et sans fin…

Et le ballon s'arrête
Et l'enfant s'apprête
A shooter
Pour marquer

La terre explose
Le pied implose

Guerre de lâches
Armes mises en cache
Mises en terre
Pour faire durer la guerre
Pour que la paix s'enterre

Non. Vraiment. On ne peut se taire.

                                                               Airel

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